Urbanisme Grenoble, la ville du futur

publiée le 17/09/2013 à 10:44  |  ,  par Laure KEPES
Une voiriere naturée de Phosphore IV dans l’agglomération grenobloise.

Une voiriere naturée de Phosphore IV dans l’agglomération grenobloise.

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La Métro s’est associée au groupe Eiffage pour imaginer le visage de l’agglomération à l’horizon 2030. Tour d’horizon des évolutions envisagées.

Imaginez Grenoble en 2030 : des « hubs »* multimodaux aux entrées de la ville, des « halles universelles » pour réorganiser une commune polycentrique, du transport par câble en ville, des logements construits en moyenne montagne, des bâtiments évolutifs…. Il ne s’agit pas d’un scénario fantaisiste, mais des résultats de Phosphore IV, laboratoire de recherche et développement sur la ville durable du groupe Eiffage qui s’est intéressé à l’agglomération grenobloise. Après Marseille et Strasbourg, Phosphore s’est installé à Grenoble entre 2011 et 2012 avec la signature d’une convention partenariale entre la Métro et le quatrième groupe européen du BTP, qui financent le projet (1,8 million d’euros) respectivement à hauteur de 49 % et 51 %.
L’objectif : penser la ville poscarbone face aux défis du changement climatique et des mutations sociologiques et économiques à venir. L’agglomération grenobloise, qui compte 400 000 habitants, répartis sur 28 communes et 31 hectares, représente un terrain de recherche important avec des particularités qui lui sont propres : présence de trois massifs qui aboutit à une configuration en « Y » et qui constitue l’une des causes de congestion de l’hyper-centre, pollution, autoroute urbaine, intégration d’activités industrielles en ville, déséquilibre territorial, etc… « Sans compter que la mobilité est devenue un fait culturel incontournable. Or, ce temps de déplacement devient un temps d’échanges, de travail, de formation. Face à ces changements, il devient indispensable d’organiser des lieux hybrides adaptés à des enjeux à la fois techniques et sociétaux », précise Pierre Gautier, architecte urbaniste de Phosphore.

Lieux multimodaux et polycentrisme

L’éco-mobilité représente un des axes majeurs de recherche de Phosphore IV. « Il s’agissait de travailler sur les ruptures de charge à l’entrée de la ville pour repenser la façon d’y pénétrer. Nous avons imaginé des plate-forme de correspondance aux trois entrées de Grenoble », explique Pierre Gautier. Situés aux carrefours des grands axes de communication et des réseaux de transport en commun qui irriguent le centre-ville, ils constitueraient le point de départ du fameux dernier kilomètre, que ce soit pour les usagers, comme pour les marchandises. « Ces hubs seraient complétés d’un panel de services publics et privés : commerces de proximité, points de retrait de marchandises, espaces de coworking multimédias, etc. L’objectif : faciliter le quotidien des usagers qui sont en transit », poursuit Nicolas Moronval, chef de projet de Phosphore IV

Autre enjeu majeur pour l’avenir : rééquilibrer le territoire, entre le centre-ville et sa périphérie, entre l’urbain et le péri-urbain. « La ville de demain devra être polycentrique », insiste Pierre Gautier. La solution envisagée : des « halles universelles ». À l’instar des hubs multimodaux, mais à l’échelle du quartier, elles fonctionneraient comme des stations-relais de transports collectifs, notamment du tramway. Une halle universelle pourrait ainsi être envisagée sur la Presqu’île, par exemple, en connexion avec la future ligne E du tramway. Elles regrouperaient des commerces de proximité et de services publics et privés liés à l’éducation, à la santé, au sport ou à la culture (bureau de poste, crèche, centre médical, bibliothèque, salle de réunion en location, etc.) pour en faire des lieux de vie.

Articuler l’homme, la nature et l’industrie

Au coeur de la problématique de la ville du futur, se trouve également la question de l’habitat. L’agglomération grenobloise, selon la Métro, a besoin de 50 000 nouveaux logements d’ici 20 ans. Comment construire à moindre coût économique et énergétique ? Où bâtir et avec quel matériaux ? Selon Pierre Gautier, « les bâtiments devront être avant tout évolutifs. C’est-à-dire qu’ils pourraient s’étendre, en fonction de l’évolution des familles, ou trouver une nouvelle fonction. » Par ailleurs, la filière bois et les circuits courts seraient favorisés. « Les bâtiments du futur nécessiteront le développement de nouvelles filières, donc de nouvelles formations et de nouveaux emplois. Nous avons ainsi envisagé d’installer une usine de traitement de bois, accompagnée d’un pôle d’enseignement, près de la Villeneuve », complète l’architecte. Par ailleurs, pour éviter de densifier davantage les zones urbaines, le laboratoire Phosphore IV propose d’utiliser les flancs des moyennes montagnes pour développer de nouveaux centres d’habitation, notamment vers la Chartreuse et le Vercors. Le transport par câble serait alors envisagé pour relier l’agglomération à ces habitations, comme cela est envisagé entre Fontaine et le plateau du Vercors.

Enfin, l’un des enjeux fondamentaux est la place des activités industrielles, historiquement installées sur l’agglomération. L’exemple type est celui de la plate forme chimique du Pont-de-Claix sur 120 hectares dans la banlieue sud de Grenoble, et qui comptait en 2012, 800 emplois directs et 4 000 emplois indirects. « Chaque partie, riverains et industriels, craint l’autre. Notre ambition est de permettre à tous de vivre mieux ensemble. Pour cela, nous avons pensé à une protection physique et visuelle couverte », détaille Nicolas Moronval. Concrètement, une sorte de plate forme couverte abriterait des fonctions de stockage, de transport et de communication pour l’industrie.
À l’extérieur, les pentes de l’interface seraient recouvertes de végétation et le flanc ouest accueillerait des parcours piétons et cyclistes, ainsi que quelques installations sportives. « Nos résultats ne font pas office de cahier des charges », tempère Nicolas Moronval. Il convient de rester prudent quant à la mise en application de Phosphore IV. Et de conclure, «L’avenir nous dira les solutions concrètes qui seront retenues par la Métro».

Laure KEPES

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